

Type
Résidence
Édition
1ère
Déroulé
3 étapes
Période
- Étape 1 : 22 septembre-3 octobre 2025 (sur place)
- Étape 2 : octobre-décembre 2025 (distanciel)
- Étape 3 : 30 janvier-7 février 2026 (sur place)
Lieu
Chalet Lecoq
Clermont-Ferrand (63)
Champ d’action
International
Contact
Camille VARENNE
c.varenne@clermont-filmfest.org

En septembre 2025, à l’occasion de La Petite Fabrique, une résidence internationale pour cinéastes d’Afrique, le réalisateur mauritanien Jam Abdoulaye Sall a développé son second court métrage Dickel, mon amour. Entre réflexion sur son cinéma, ancré dans les réalités sociales de son pays, et découverte du travail en résidence, il revient sur l’évolution de son projet au cœur du jardin Lecoq.
Je suis très satisfait de l’avancée de mon projet. J’ai presque terminé l’écriture. Aujourd’hui, je suis heureux pour moi et pour le film. Beaucoup de choses ont évolué.
- Bonjour Jam, peux-tu te présenter ?
Bonjour. Je suis Jam Abdoulaye Sall, réalisateur et monteur mauritanien.
- Comment est née ton envie de travailler sur les thématiques de la misère économique, du drame social ..?
J’ai toujours voulu raconter l’histoire de gens qu’on voit tous les jours mais sans s’intéresser à eux. C’est un peu ce que dit Mambety : « L’histoire de petites gens ». Ayant grandi dans un lieu où il y avait beaucoup de boutiques à proximité… Il y a des boutiquiers qui connaissaient souvent nos vies, mais nous on ne s’intéressait pas réellement à eux. Je me suis dit que cela serait intéressant de raconter leur histoire. Je me suis toujours dit qu’ils avaient des enfants, qu’ils avaient des problèmes. Je me suis imaginé leur vie. À un moment donné, je me suis dit : « Ok, je vais commencer par prendre des petits noms et pourquoi pas en faire un film ». Le film est né de là.
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Comment ce projet s’inscrit dans ton travail de cinéaste ?
C’est mon deuxième film, après Le Dernier Voyage. C’est le film qui précèdera mon long métrage Dikiram. Dickel, mon amour a pour but de continuer dans cette optique-là, de raconter des histoires de chez moi, de raconter mes histoires. C’est vrai que c’est une histoire d’amour, mais c’est aussi un drame social qui s’est passé à Nouakchott.
- Qu’est-ce qui t’a motivé à participer à La Petite Fabrique ?
Dès le départ, je savais qu’il y aurait une ambiance assez conviviale. Je pense que cette résidence à Clermont-Ferrand est la meilleure opportunité pour confronter mon histoire à un autre regard. Et je ne suis pas déçu, j’ai pris la bonne décision.
- C’est la première fois que tu viens en résidence. Comment as-tu abordé ce mode de travail ?
J’appréhendais un peu. Ce sont des histoires qui sont tellement ancrées en moi que je me dis que c’est mon histoire à moi. L’autre, je le tiens un peu en écart. C’est ça que j’appréhendais le plus. Mais à aucun moment les intervenants ne se sont vraiment interposés dans le fond de l’histoire.
- Comment imaginais-tu le travail en résidence ?
Je l’imaginais un peu plus scolaire. C’était la première fois donc je ne savais pas exactement comment ça allait se passer, ce que j’allais trouver en y venant. J’attendais d’être surpris, agréablement. Tout en gardant en tête que cela ferait évoluer mon projet et que mon projet avait besoin de cela pour avancer. Et ça s’est passé de façon très simple.

Le Dernier Voyage réalisé par Jam Abdoulaye Sall (Sénégal, Mauritanie – 2023)
- En arrivant en début de résidence, à quelle étape de construction du récit étais-tu ? Une idée, un synopsis ?
J’étais à une version un peu avancée. Mais aujourd’hui, à la fin de la résidence, je connais mieux mon histoire et mes personnages. C’est un plus pour pouvoir continuer d’écrire et finir le film.
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Es-tu satisfait de l’avancée de ton projet lors de la résidence ?
Bien sûr ! Je suis très satisfait de l’avancée de mon projet. J’ai presque terminé l’écriture. Aujourd’hui, je suis heureux pour moi et pour le film. Beaucoup de choses ont évolué. Je me préparais à tourner le film en début d’année, et après beaucoup de discussions on s’est dit qu’il fallait prendre son temps, y allait de façon progressive. C’est très intéressant, surtout quand on est jeune auteur et qu’on a vraiment envie de tourner. Écouter les autres qui ont plus d’expérience, ça a changé des choses. Il y a aussi quelque chose qui a évolué dans la manière dont je voyais la musique dans le film.
- Est-ce que les ressources du centre de documentation de La Jetée t’ont été utiles ?
Oui, énormément ! Avec la plateforme Shortfilmwire on a eu accès à énormément de courts métrages. C’était formidable, j’ai pu regarder tellement de films. Il y a en aussi certains que j’ai eu du mal à trouver ailleurs, mais que j’ai pu trouver à La Jetée. Enfin, j’ai eu accès aux archives de l’INA. J’ai passé des jours et des jours à faire des recherches. C’est tellement intéressant et vaste. Ça m’a été d’une grande aide.
- Comment s’est passé ton accompagnement ?
Ce sont des méthodes très pédagogiques. Avec Hakim Mao on a commencé par un petit rappel sur les bases de l’écriture, la dramaturgie, etc. Pour ensuite continuer sur les personnages. Ce sont eux qui font une histoire. C’était très intéressant. Cela m’a demandé de me concentrer sur les personnages et pas sur le film dans sa globalité. Quand on arrive à construire cela, c’est plus simple de voir l’histoire. Après ça on a fait des scènes à scènes. On a discuté de ce qu’il faudrait améliorer, là où il faudrait ajouter de la description. Ce sont des lieux qui m’habitent, qui m’animent, ce sont des endroits où je suis né. Je peux voir des choses que les autres ont du mal à voir. Ça a été très utile.

Jam Abdoulaye Sall et N’Kony Sylla, résident·es de la Petite Fabrique 2025, en balade au Puy Pariou
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As-tu trouvé des endroits où écrire à Clermont-Ferrand ?
Oui, parce que quand j’écris j’ai besoin de deux endroits. Un endroit calme et un endroit où il y a de la vie, où il y a du bruit. J’ai trouvé des cafés sympas. Je me suis aussi un peu promené, c’est calme, ça va à mon rythme.
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Avec N’Kony Sylla, la seconde résidente, comment vous êtes-vous mutuellement influencés ?
C’est très participatif. Au moment où on travaille avec Hakim Mao ou avec Diana N’Gaye, on peut se permettre de faire des suggestions l’un à l’autre. Ça enrichit toujours le projet de l’autre. Même si nos sujets sont différents, on vient du même continent et on raconte nos histoires. Des histoires par lesquelles on est concerné. Même quand nous sommes au Chalet Lecoq (ndlr : le lieu de la résidence), il y a des moments où on discute de nos films. On en parle énormément. C’est comme ça depuis le premier jour et ça c’est chouette.
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Quelles sont tes attentes pour la suite de la résidence à distance ?
Continuer d’écrire, continuer de travailler avec Hakim et Diane en octobre-novembre. Continuer jusqu’à ce que le film voie le jour.
- Quel regard portes-tu sur ton rôle de cinéaste mauricien et sur la dimension politique de ton cinéma ?
Je pense que le cinéma ne peut pas changer le monde, mais qu’il peut amener à réfléchir. Je raconte mon histoire, l’histoire de chez moi, l’histoire des gens de mon quartier. Ce sont des histoires par lesquelles je suis concerné, directement ou indirectement. Soit je l’ai vécu, soit mon voisin ou le boutiquier de mon quartier l’a vécu. De ce fait, je pense que ça peut amener, j’espère en tout cas, que les décideurs politiques de mon pays se disent : « Ah, les habitants de ce quartier vivent comme ça. Il y a des inégalités de chances pour travailler, il y a des injustices, il y a des bavures policières ». Et qu’ils le voient d’un autre angle peut-être.
- As-tu réfléchi à ce que tu veux faire après Dickel, mon amour ?
Là ça fait un an que j’écris mon premier long métrage. J’en suis encore à une version intermédiaire. Après Dickel, mon amour, je vais me concentrer à temps plein sur ce projet-là et le faire avancer, pour espérer qu’il voit le jour.
Propos recueillis par Thomas Cochennec le 2 octobre 2025.








