

Type
Résidence d’écriture de scénario de court et long métrage
Édition
11e
Période
Mars-avril 2026
Durée
6 semaines
Lieu
Villa Sabourin
Clermont-Ferrand (63)
Champ d’action
France
Contact
Jérôme TERS
j.ters@lecourt-clermont.org

En 2026, à l’occasion de la 11e résidence d’écriture de la Villa Sabourin, la réalisatrice et scénariste Sara Ganem a travaillé sur le scénario de son premier long métrage intitulé Sale Gauchiste. Entre accompagnement professionnel, rencontres avec des élèves et retour sur son court métrage Petit Spartacus, elle revient sur ce temps de travail dédié à l’écriture au cœur de Clermont-Ferrand.
Au cours de la résidence, l’accompagnement professionnel a été essentiel. J’ai compris énormément de choses, notamment par rapport au blocage. Quand on est tout seul, on bloque. Sans les autres, on ne va nulle part.
- Bonjour Sara, peux-tu te présenter ? Comment es-tu arrivée dans cette résidence ?
Bonjour, je suis Sara. Sans H. Qu’est-ce que j’ai fait pour arriver là ? Ça m’a pris du temps. Et voilà, le sommet de ma carrière au sommet de la Villa Sabourin, la résidence. Enfin on me fait confiance et on me donne les clés d’un lieu où je peux me lancer dans mon premier film. Ce n’était pas gagné parce que j’ai mis 8 ans à faire mon premier court métrage Petit Spartacus. Après 8 ans d’errance et de rush de ma vie. Ça a quand même mis les bases pour mes intentions de mise en scène en général, qui est de filmer ma vie. Avant ça, j’ai fait un conservatoire de théâtre. Avant ça, j’ai fait des études de cinéma à la fac. Avant ça, j’avais aucune idée de quoi faire dans la vie. Et avant ça, je regardais beaucoup de films à la télé et des VHS. À l’époque, c’était les VHS.
- Sur ton premier film tu as été accompagnée dans le cadre du GREC. Tu savais que des résidences d’accompagnement à l’écriture existaient sur le territoire français ou tu l’as découvert lors de l’appel à candidatures ?
Quand on n’est qu’auteure, pas avec une production, on n’a pas conscience de tous ces appels parce que c’est un réseau. Moi j’avais la chance de démarrer l’écriture et d’être accompagnée par la production Ecce Films qui a vu l’appel à projets. On a fait un dossier. Avec la production, il y a une accélération des choses beaucoup plus simple que quand on est tout seul. Quand on est tout seul, on ne sait même pas comment écrire le dossier. Eux ils ont l’habitude.
- À Ecce Films, en quoi ils estimaient que c’était important pour toi d’être en lien avec un lieu, un espace, un temps dédié à l’écriture ?
L’écriture, c’est un moment important. Ils ont l’habitude d’accompagner des jeunes auteurs. C’est un espace essentiel, pour un premier long par exemple, d’avoir le temps d’écrire et d’être accompagné. Ce n’est pas quelque chose d’évident, surtout par rapport à un court métrage, c’est très différent. On doit beaucoup plus écrire et structurer pour pouvoir convaincre des financeurs. Dans un court métrage, on peut quand même se débrouiller quand on n’a pas de financement, ou bricoler au montage comme j’ai fait. J’ai écrit au montage avec mon premier court, donc je ne savais pas écrire un film avant de le tourner. Là, c’est un espace d’apprentissage aussi.
- Nous sommes au dernier jour de la résidence. Six semaines sont passées. Elles ont été perlées d’accompagnements de Pascale Faure et Nicolas Ducray. Quel est l’apport des intervenant·es professionnel·les dans ton projet ?
Ça a été essentiel. J’ai compris énormément de choses, notamment par rapport au blocage. Quand on est tout seul, on bloque. Sans les autres, on ne va nulle part. C’est très douloureux à admettre pour moi, sachant que j’ai traversé l’Europe plusieurs fois à vélo, seule, sans assistance. Un film ce n’est pas comme un voyage. Même un voyage, on n’y arrive pas tout seul, parce que s’il n’y a personne pour nous tendre la main, nous inviter à manger ou à dormir, on ne va nulle part. J’ai réalisé que sans eux, et surtout sans l’enthousiasme partagé, sans la volonté d’en découdre ensemble, on était bloqué. Le découragement est très facile. C’est d’ailleurs pour ça qu’il y a plein de films qui ne se font pas jusqu’au bout. J’ai failli ne pas faire Petit Spartacus aussi à cause de ça. Le fait qu’il y ait des personnes beaucoup plus chevronnées, qui ont l’habitude et qui ont une expertise sur des sujets différents, ça permet de se sentir sécurisée. Cette sécurité intérieure est essentielle pour continuer. C’est ça qui m’a débloquée à plusieurs moments de l’écriture. Ça a été très intense avec Pascale et Nicolas, surtout de partager un peu mes pensées, mes doutes, avec des personnes qui gèrent. On sent qu’elles savent quoi en faire, elles savent comment me rassurer.

Petit Spartacus réalisé par Sara Ganem (France – 2023)
- Tout au long de la résidence, il y a eu des temps de rencontres avec plusieurs écoles, collèges, lycées et des étudiants autour de ton travail. Tu en retiens quoi ?
Ça m’a ancrée dans des réflexions que je n’aurais pas forcément eues toute seule. Le fait que des interrogations, des questions, des pensées soient évoquées entre le film que j’ai fait et le film que j’essaie d’écrire, ça m’a permis de formuler des choses que je n’aurais pas forcément formulées. J’espère que ça leur a apporté des choses aussi. Durant ces moments d’échanges, on se rend compte aussi de ce qui nous échappe dans ce qu’on fait. Mon film Petit Spartacus m’échappe totalement maintenant. Tout le monde le reçoit à sa manière et tout le monde a des choses personnelles à en dire. Ou pas, d’ailleurs, parce que des fois ça n’atterrit pas forcément à l’endroit où ça aurait pu. De voir ce que ça provoque comme réflexion chez les autres et dans un environnement collectif, ça m’a rappelée pourquoi je suis là et pourquoi je fais des films. C’est bien aussi de se voir dans le futur. Je suis le futur de quand j’essayais de faire Petit Spartacus, qui est un processus très difficile, très douloureux. Ça fait du bien de se repositionner aussi par rapport à un film terminé et de voir comment on évolue.
- Les rencontres avec les plus petits, les élèves de primaire, sont différentes ?
C’était mes préférées. C’était vraiment intéressant parce que spontanément on ne va pas montrer Petit Spartacus à des enfants, en raison du sujet et parce qu’il y a un côté sombre. Eux, ils étaient jurés pour le festival donc ils avaient une certaine cinéphilie, une certaine expertise. Je pense que leur maître a trouvé approprié de leur montrer Petit Spartacus et c’était génial parce que je n’ai jamais eu ce public-là. Je préfère presque les enfants aux ados dans ce cadre-là parce que les ados sont dans la critique des uns, des autres et d’eux-mêmes. Ils ne s’autorisent pas forcément à ressentir des émotions. Ils sont très coincés dans l’image, dans la vitrine. Ils vont se dire : « Elle est un peu folle, elle fait des trucs bizarres, elle parle à son vélo. C’est bizarre. » Alors qu’avec les enfants c’était hyper naturel et simple. La question de cœur du film, la révélation et tout ça, ça n’est pas apparu tel quel dans les conversations. Ce n’était pas du tout le sujet. Par contre, il y avait une vraie connexion enfantine avec le film. Il y a énormément de choses de l’enfance dans mon film et je m’en suis rendue compte aussi à ce moment-là : le cahier d’enfant, les dieux de l’Olympe, les parties qui s’animent et tout simplement la rêverie, le vélo qui parle… Il y a des choses assez enfouies qui me sont réapparues parce que c’était des enfants. Par exemple, on a parlé très longtemps du burek. Ça apparaît une demi-seconde dans mon film parce que je mange un burek sur un plan. C’était très important dans mon voyage parce que j’ai pris peut-être 10 kilos sur le moment et j’ai mangé du burek tous les jours. C’était la nourriture qu’on me donnait. Il y avait 2-3 gamines dont les parents faisaient des bureks. On en a parlé longtemps. C’est ce genre de choses que j’appelle enfantines. Ce sont des détails dans des images auxquels on reste accroché. Le burek pour elles c’était immense parce que leurs mères en faisaient. On ne parle pas du tout des mêmes choses avec les enfants qu’avec d’autres publics parce que les autres publics sont très « cérébraux ». Ils ne vont pas intuitivement parler de choses qu’ils ont reçu dans leur inconscient parce qu’ils n’y ont pas accès.

Durant sa résidence, Sara Ganem a présenté son projet de long métrage Sale Gauchiste lors d’une soirée avec les partenaires du festival.
- C’est une clé cette lecture des plus petits, ils pointent du doigt l’essentiel. Elle est très importante pour ton projet à venir, Sale Gauchiste.
Oui, et d’ailleurs on a parlé de ce que sont la gauche et la droite. C’est toujours un peu friable comme terrain parce qu’on ne sait pas ce que pensent les parents et on ne veut pas aller trop loin non plus. Ils étaient très naturels car ce sont des questions qu’ils se posent, que sont la gauche et la droite ? Il y a des enfants qui savaient la réponse, d’autres ne savaient pas. C’était hyper normal comme questionnement. C’était vraiment : « Dans la vie il y en a qui sont à gauche, il y en a qui sont à droite ». C’était simple.
- D’ailleurs, peux-tu pitcher très rapidement ton film ?
C’est l’histoire d’une sale gauchiste, ce n’est pas moi c’est une amie, qui tombe amoureuse d’un mec de droite qui est son collègue guide sur les plages du Débarquement. Ce petit accident la pousse à re-questionner ses valeurs et à se rendre compte que peut-être il y a des choses plus importantes que les petites disputes politiques. Et que peut-être le bonheur existe ailleurs que dans la vérité.
Propos recueillis par Jérôme Ters le 1er avril 2026.



